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Voila l'interview enfin traduite (disponible à la suite).
la premiére partie a été traduite par Laly de PWO, la deuxiéme par moi.
Première partie de l'interview traduite par Laly
Richard : Et Jo nous rejoint maintenant. J'adore ce clip parce que pour moi il incarne ce qui est vraiment bien dans la suite de vos livres. Nous venons juste de quitter cette vallée de douleur et d'angoisse qui s'approche des adolescents, vous êtes sur le point d'y entrer.
Jo : Oh bien. C'est quelque chose à attendre avec impatience alors.
Richard : C'est aussi affreux que vous pensez que cela va être, je peux vous le dire. Mais c'est ce qui est excellent dans cette série. On peut observer Harry devenir un adolescent renfronté et voir tous ceux qui l'entourent traverser toutes ces souffrances d'adolescents. Vous dépeignez tout cela de façon très réaliste, et vous n'avez pourtant pas vous-même d'enfants à l'âge de l'adolescence. Cela se fonde-t-il seulement sur vos amis et les discussions que vous avez eues avec les parents d'ados ?
Jo : Et bien, j'ai enseigné à des ados pendant un temps. En vérité, c'était la tranche d'âge que je préférais. Donc je pense que je me suis un peu inspirée de cela, et j'ai puisé dans mes souvenirs toute la maussaderie dont nous faisions preuve étant ados. Ma soeur me regarde et elle était très grincheuse alors je me suis beaucoup inspirée d'elle.
Judy : Elle est plus âgée que vous ?
Jo : Elle a deux ans de moins que moi.
Judy : Je sais ce que je veux voir arriver à la fin de la sérieHarry Potter, je veux que Harry épouse Ginny Weasley et que Ron épouse Hermione - non je ne veux pas - si je veux, je serais tellement déçue si ça n'arrive pas. Mais bien sûr pour le moment le dernier tome est bien au chaud dans votre coffre ?
Jo : Le tout dernier chapitre est caché dans un endroit secret, même si maintenant il a été modifié très légèrement. Un personnage obtient un sursis mais je dois dire que deux personnes dont je n'avais pas prévu la disparition vont mourir...
Judy : Deux personnes appréciées ?
Jo : Oh, vous savez, il faut payer un tribut. Nous avons affaire au mal démoniaque. On ne prend pas pour cible les figurants, n'est-ce pas ? On s'occupe des personnages principaux, moi tout du moins.
Richard : On n'a rien à faire des personnages secondaires. Vous en avez parlé à votre mari, apparemment vous lui confiez tout...
Jo : Pas tout quand même. Ce serait imprudent.
Richard : Soyons honnêtes, ce serait stupide. Vous lui avez dit sur qui allait s'abattre le coup de grâce et il aurait frissonné en disant : "Non, pas ce personnage."
Jo : Pour l'un d'entre eux en effet.
Richard : Tous les journaux qui ont annoncé cette interview aujourd'hui veulent absolument que nous vous demandions si vous allez achever Harry Potter, ce qui est une question ridicule... Etes-vous susceptible de répondre oui ou non ? Bien sûr que non. Vous ne pouvez pas répondre à cette question, par contre avez-vous déjà été tentée de lui faire endurer un peu plus que ce qu'il a souffert.
Judy : Il a assez souffert, il est passé à la moulinette.
Jo : Comment pourrais-je ? Chaque année de son enfance et de son adolescence il a sauvé le monde magique et par la suite personne ne l'a cru. Alors qu'il passe sa vie entière à sauver le monde, il retourne à l'école l'année suivante pour se faire malmener.
Judy : C'est ce brave Harry Potter qui a juste sauvé toute votre école et la peau de chacun d'entre vous...
Jo : Et tout le monde le trouve un tantinet ennuyeux.
Richard : J'essayais d'esquiver la question de la mort, parce que je sais que vous ne pouvez pas y répondre. Mais vous savez, quand Conan-Doyle en a eu marre de Sherlock Holmes ...
Jo : Oui.
Richard : Il l'a poussé d'une falaise aux chutes de Reichenbech. Bien sûr je ne vous demande pas si vous avez fait cela, mais avez vous déjà été tentée de le supprimer parce que c'est un truc tellement énorme dans votre vie.
Jo : Je n'ai jamais été tentée de l'achever avant la fin du tome 7. J'ai toujours envisagé sept livres et c'est mon but. Mais je peux tout à fait comprendre la mentalité d'un auteur qui se dit qu'il va tuer ses personnages afin qu'il n'y ait pas de suites non écrites par lui-même, afin que l'histoire s'achève avez lui et qu'après sa mort, on ne puisse pas se resservir des personnages...
Richard : Ca ne m'a jamais traversé l'esprit avant. Je pensais que ça vous libérerait.
Jo : Agatha Christie l'a fait avec Poirot, elle voulait s'occuper elle-même de sa fin.
Judy : Vous dites que vous pouvez tout à fait comprendre, mais vous n'allez pas nous confier si...
Jo : Non, je ne me dévoilerai pas. Je ne veux pas de courriers haineux, outre tout le reste.
Judy : Quand vous avez débuté, quand vous avez imaginé Harry pour la toute première fois, quelle est l'idée qui est venue en premier, celle de la magie, ou du personnage de Harry, ou du pensionnat ? Vous étiez une grande lecture d'histoires se déroulant en pensionnat ?
Jo : J'en ai lu quelques uns quand j'étais jeune.
Judy : Angela Brazil ?
Jo : Je n'ai jamais lu Angela Brazil, j'ai lu quelques "Malory school" [Ndt : série d'Enid Blyton] qui ne résisteraient pas à une relecture, mais quand j'avais six ans je les aimais beaucoup.
Mais je pense que l'idée de Harry et de la magie sont venues simultanément car l'image essentielle c'était celle d'un garçon qui est un sorcier sans le savoir. C'était les prémices, puis j'ai travaillé à partir de là : comment pourrait-il ne pas savoir ? C'est de là que découle tout le fond de l'histoire et vous savez qu'elle est très dense cette histoire. D'ailleurs, maintenant que j'en suis au tome sept, j'en réalise importance et je vois qu'il reste beaucoup de choses à expliquer et à découvrir.
Richard : Vous avez dû inventer les détails au fur et à mesure de l'écriture, vous n'avez pas pu démarrer avec cette montagne d'informations...
Jo : Oh non, bien sûr. Je possède je ne sais pas combien de personnages, j'en ai bien 200, un chiffre ridicule.
Richard : Mais avez-vous pensé en écrivant les livres les uns après les autres : "Oh pourquoi j'ai écrit ça...
Jo : Oui.
Richard : ... dans le tome 2, ça me coince et je ne peux plus raconter ceci ou cela maintenant...
Jo : Oui. Jamais... enfin je ne pense pas l'avoir fait sur un point important de l'intrigue, mais c'est vrai que pour deux ou trois choses je me suis heurtée à un obstacle, et j'ai eu l'impression de m'être enfermée toute seule. Si seulement j'avais laissé une porte ouverte plus tôt, il y aurait une manière plus facile de me faufiler par ce trou, mais j'ai toujours trouvé un moyen.
Richard : Comme aux échecs.
Jo : C'est une intrigue compliquée, et sa résolution est...
Judy : Oui, gardez tout pour vous...
Richard : Mais le dernier tome est-il terminé maintenant ? Judy a dit qu'il était dans votre coffre, en tous cas le dernier chapitre...
Jo : Non, il n'est pas terminé, même si je suis bien dedans en ce moment.
Richard : Mais vous avez déjà écrit l'épilogue...
Jo : J'ai écrit le chapitre final en... attendez, en 1990.
Judy : Vraiment ? Vous saviez donc exactement comment la série allait se terminer.
Jo : A peu près oui.
Judy : Bon sang.
Jo : J'ai été critiquée par quelques personnes à cause de ça. Je crois qu'ils me trouvaient très arrogante d'avoir écrit la fin du septième livre de ma série alors que je n'avais pas d'éditeur et que personne n'avait jamais entendu parler de moi, mais quand on a rien du tout on peut planifier les choses comme on veut après tout, qui s'en soucie ?
Judy : Absolument, et avant que nous vous demandions comment vous avez commencé à écrire, l'autre chose qui nous a impressionné, et même notre fils qui est un mégafan, c'est que lorsque les livres ont commencé à devenir plus sombres, toute l'opposition entre le bien et le mal s'est intensifiée... c'était déjà plus sombre avec la notion de sang-de-bourbe dans le second tome, mais dans le Prisonnier d'Azkaban ça devient vraiment important...
Jo : A cause des Détraqueurs.
Judy : Oui. C'est quelque chose que vous avez prévu tout du long, ou ça s'est développé petit à petit ?
Jo : C'est intentionnel dès le début, car Harry grandissant, il se passe des choses en parallèle. Il devient plus vieux et plus expérimenté, et simultanément Voldemort devient de plus en plus puissant, et il retrouve son apparence physique, car dans le premier volume, il n'a pas d'existence matérielle. Mais les gens me disent souvent ça, et j'admets que les livres s'assombrissent. Je continue de penser que cette vision dans le premier tome où Voldemort apparaît à l'arrière de la tête de Quirrell, c'est une des choses les plus effrayantes que j'ai jamais écrites. Vraiment. Et aussi l'image d'un visage encapuchonné buvant le sang d'une licorne, puis serpentant sur le sol, très bien réalisée dans le premier film, ce sont des visions très macabres. Je n'ai pas écrit le premier tome en toute naïveté, je montrais déjà que dans cet univers des choses assez affreuses pouvaient se produire.
Judy : Oui, je le sais bien mais je voulais parler du moment où l'on commence à voir des parallèles avec le racisme et...
Jo : Oui, absolument...
Judy : l'apartheid, le génocide et ce genre de choses.
Jo : J'étais tout à fait consciente que Harry entre dans un monde que la plupart d'entre nous trouveraient fantastique et merveilleux, après tout on a une baguette magique, tout va être fabuleux, mais la nature humaine est ce qu'elle est, quels que soient les pouvoirs ou les talents que l'on possède. Il pénètre donc, à travers le miroir pour ainsi, dans ce monde étonnant mais il rencontre immédiatement tous les problèmes qu'il pensait avoir laissé derrière lui et ceux-ci apparaissent sous une forme encore plus extravagante car t out est exacerbé par la magie.
Richard : On peut fuir mais pas se cacher.
Jo : Exactement.
Richard : Vous avez expliqué que vous aviez planifié vos sept tomes dès le début, avant même d'avoir un éditeur, et vous avez dû sauter de joie quand l'Ecole des Sorciers a été publiée.
Jo : Oh oui.
Richard : C'est la réaction de chaque auteur quand son premier livre paraît.
Jo : C'est un moment incroyable, oui.
Richard : Quel plaisir et quel optimisme.
Jo : On pourrait même presque dire que rien ne s'en est rapproché depuis, ce qui témoigne de l'euphorie du moment.
Richard : Et quand l'euphorie s'est transformé en quelque chose...
Jo : en terreur ?
Richard : Peut-être de la terreur, mais à quel point vous êtes-vous dit, attendez, ce n'est pas seulement un best-seller, ce n'est pas juste une série que j'aime écrire et que les lecteurs apprécient, c'est un événement sans précédent. Il a été dit que si l'on met bout à bout tous les livres qui ont été achetés, ils feraient près d'une fois et demi le tour de l'Equateur, et ce n'est pas encore fini. QUand avez-vous réalisé que c'était historique ? Parce que ça l'est, vous allez marquer l'histoire de l'édition, au moins pour les trois siècles à venir.
Jo : Honnêtement, je ne pense pas en ces termes, même si pour les premiers livres, j'ai vécu une vraie dénégation qui a duré assez longtemps.
Judy : A cause de la célébrité ?
Jo : Oui, tout à fait. Et je pense que c'est de là que vient ma réputation d'être quelque peu...
Richard : ...recluse ?
Jo : Renfrognée, parce que j'étais comme un lapin pris sous la lumière des projecteurs, et la seule façon de gérer ce succès, c'était de me dire que ce n'était pas gros chose, mais les choses ont continué à s'enchaîner, les journalistes ont commencé à attendre devant ma porte, et puis lorsque je prenais un journal il y avait des toujours références à Harry Potter. Le truc le plus flippant, c'est que ça s'infiltre dans des histoires bizarres et pour moi c'est plus que toute autre chose un indicateur de l'ampleur du succès. Je me souviens d'une période où je n'achetais plus le journal parce que ça devenait trop étrange, et pourtant d'habitude je dévore la presse. Et puis il y a quelques années, c'était Wimbledon et je me suis dit qu'il n'y avait aucun risque à lire le compte-rendu et qu'il fallait que je dépasse cette obsession alors j'ai pris un journal et j'ai lu le compte-rendu d'un match de Venus Williams... et je me suis retrouvée nez à nez avec Harry Potter, car ils parlaient de cognards, vous savez, les balles de Quidditch, à cause de la puissance du service de Vénus. Il les comparaient à des cognards, sans autre explication, mais c'était très chouette, des choses comme ça, c'est fantastique.
Richard : En effet, c'est le lot de la célébrité. Des mots rentrent dans le vocabulaire ordinaire, et ce n'est pas juste un effet temporaire dû à la lecture du dernier tome paru, c'est un phénomène continu en ce qui vous concerne. Et à propos de votre fortune ? Je ne veux pas être lascif à ce propos mais vous êtes incroyablement riche, au-delà des rêves de l'avarice, vraiment. En quoi cela a-t-il changé votre vie ?
Jo : Déjà, c'est génial !
Richard : Merci de le préciser !
Jo : Non franchement, ce n'est pas pour faire pleurer les violons, mais quand on a traversé une période où la vie était vraiment dure, car ce n'est pas si romancé que cela, mais c'est expédié en une demie phrase, "elle mourrait de faim dans une mansarde". Et à l'occasion je me suis dit qu'ils auraient dû essayer pour voir que ce n'était pas une façade publicitaire, c'était ma vie, et à cette époque je pensais que ce serait mon quotidien pour une vingtaine d'années.
Richard : Mais vous êtes-vous sentie coupable d'avoir autant d'argent ?
Jo : Oui, absolument. Je dois d'abord préciser qu'au début les gens annonçaient des sommes beaucoup plus importantes que celles que je possède en réalité - même si je ne prétends pas ne pas être immensément riche parce que je le suis - et d'ailleurs ils le font toujours fréquemment. Souvent ils impriment des chiffres que mon comptable ne reconnaîtrait pas. Mais au tout début ils disaient que j'étais millionnaire alors que je ne l'étais absolument pas. Donc c'est bizarre et c'est une perversion pour l'esprit quand on est habitué à compter chaque centime.
Richard : Vous viviez avec 70 livres par semaine ?
Jo : Oui.
Judy : Donc, en somme ce qui vous est arrivé, c'est que vous êtes restée la même, tout en écrivant ce livre auquel vous pensiez depuis des années.
Jo : Depuis des lustres.
Judy : Et soudain, ça a démarré, d'abord le premier livre, puis le suivant, et vous avez soudainement réalisé que cette personne, vous, avait en fait mené sa propre vie, qui n'était du tout pas la vôtre, et vous étiez complètement...
Jo : C'est totalement vrai. J'étais là, assise, à me dire que j'étais toujours la même idiote que la veille, seulement soudain les gens s'intéressaient à ce que j'avais à dire et j'ai réagi à cela par le silence parce que j'ai senti que tout d'un coup la lumière avait été braquée sur moi, sous ma pierre. C'était très perturbant d'être soumise pour la première fois à ce genre de regard scrutateur, parce que je ressentais une certaine loyauté à la personne que j'étais encore la veille, et je ne voulais pas dire que mon passé était affreux alors qu'il ne l'avait pas été. On s'était bien débrouillé, j'avais mon travail de professeur et ma fille me disait toujours et m'a encore dit pas plus tard qu'hier que nous étions heureuses, donc je ne veux pas m'asseoir là et ruminer, mais maintenant c'est fabuleux parce que j'ai de l'argent de côté.
Judy : Vos deux derniers sont peut-être un peu jeunes mais Jessica vous a-t-elle soutenue depuis le début et a-t-elle accepté cela facilement ?
Jo : Elle a été phénoménale, et ça n'a pas toujours été facile pour elle, vous imaginez, sa mère est JKR. Je me souviens qu'elle a été magnifique une fois, coincée contre les grilles de l'école, "dis-nous le titre du prochain livre", et pourtant ce n'était pas facile.
Judy : Coincée par qui ?
Jo : Par les autres enfants qui essayaient de lui soutirer des informations, mais elle a été extraordinaire et toujours très décontractée.
Richard : Et à propos (cela n'a rien à voir avec la richesse, quoique ça aurait pu, mais c'est en rapport avec votre notoriété), avant que vous rencontriez votre mari, un homme incroyablement charmant...
Jo : Oui c'est un mari charmant.
Richard : Il ressemble à une rock-star, mais avant cela...
Judy : [photo] Tiens le voilà.
Richard : entre le moment où vous avez accouché de votre première fille, et celui où vous l'avez rencontré, vous avez trouvé en chemin le succès et la fortune et vous avez déclaré que les rencontres étaient devenues très difficiles, parce que vous deviez vous méfier des hommes qui vous courtisaient à cause de votre notoriété.
Jo : Ce n'était pas tout à fait ça. Pour être tout à fait honnête avec vous, il est difficile de faire des rencontres quand on est une mère célibataire, voilà. Et le travail n'est qu'un facteur vaguement complexifiant, mais avant d'avoir une baby-sitter, c'était la réalité de la vie, et je n'ai pas eu de nounou pendant longtemps. Une nouvelle fois, j'étais en complète dénégation par rapport à ce qui m'arrivait, je ne voulais pas reconnaître que j'avais besoin d'aide, et pourtant c'était le cas car je ne pouvais pas assumer toutes mes obligations professionnelles, même si j'étais de les restreindre au maximum.
Richard : Vous vouliez vous dire que vous pouviez arriver à tout gérer.
Jo : OUi, c'est dans ma personnalité de vouloir tout assumer de ne pas demander d'aide jusqu'à ce que je craque.
Richard : On est tous un peu comme ça...
Judy : Pour en revenir au sujet, en examinant votre situation personnelle ainsi que professionnelle, vous êtes en très bonne place, touchons du bois
Jo : Oui.
Judy : Pas qu'il y ait beaucoup de bois par ici mais - vous êtes très heureuses, vous avez une famille adorable...
Jo : Je suis très chanceuse et je crois que tous les jours, mais vraiment tous les jours, je pense à quel point je suis chanceuse.
Richard : Nous allons faire une pause dans deux minutes mais ensuite vous reviendrez et nous avons quelques enfants en coulisses qui veulent vous poser des questions, mais avant, comme vous l'avez dit vous-même, le thème récurrent des livres, c'est la mort.
Jo : Largement.
Richard : C'est un sujet extrêmement puissant, et vous écriviez le premier lorsque votre mère est morte, elle avait 45 ans, vous étiez très proche d'elle. Aviez-vous envisagé que la mort serait un thème aussi prenant avant son décès, ou bien cela a-t-il inspiré ce sentiment de perte... ?
Jo : Ca l'a vraiment inspiré. Dans le premier brouillon (j'écrivais l'histoire de Harry depuis six mois seulement quand elle est morte), je racontais la mort de ses parents de façon assez brutale ; et puis maman est morte, et je ne pouvais pas laisser les parents de Harry mourir de cette façon, pas après avoir ressenti la perte d'un parent. C'est très, très différent.
Judy : C'est donc pour cette raison que les parents de Harry continuent à être présents...
Jo : En effet.
Judy : A travers les photos...
Richard : Et dans le miroir, bien sûr...
Jo : Ah oui, aussi...
Richard : Et je ne serais pas surpris que vous ayez versé quelques larmes quand vous avez écrit ces passages, lorsque Harry est assis là, le regard perdu dans leurs reflets...
Jo : C'est mon chapitre préféré dans le premier tome.
Richard : C'est un chapitre charmant.
Jo : C'est l'un de mes passages préférés dans toute la série.
Judy : Voilà pourquoi ces livres sont si rassurants, ils parlent du mal à l'état pur et de la mort, vous laissez toujours traîner un fil quelque part, même s'ils sont dedans... J'adore tous les anciens directeurs et professeurs dans leur petit cadre... Et pour finir sur ce sujet en particulier : J'ai toujours aimé celui (quel est son nom déjà), qui se mettait des bigoudis dans les cheveux, le professeur...
Jo : Gilderoy...
Judy : J'adorais l'imaginer le soir dans son fauteuil en train d'enlever ou de mettre ses bigoudis. Il y a beaucoup d'humour également dans les livres, et je présume que c'est une facette de votre personnalité ?
Jo : Oui, je crois, même si la façon dont on me décrit ne donne pas toujours cette impression, après tout je suis une vieille rabat-joie.
Richard : Bon, comme vous dites, le tout dernier chapitre est dans le coffre, et vous être en train de ficeler le reste du manuscrit, mais c'est bien le dernier livre ?
Jo : Oui, mais comme je l'ai toujours dit, il se peut que j'écrive une sorte d'encyclopédie de cet univers pour charité, en guise de conclusion.
Richard : Mais ce n'est pas la même chose que de créer l'histoire...
Jo : Non, absolument pas. Ce n'est pas la même histoire.
Richard : Pourrez-vous vivre sans Harry ?
Jo : Et bien, je vais devoir apprendre, ça va être dur.
Richard : Pourquoi ne pas aller jusqu'à neuf ou dix, sérieusement pourquoi se cantonner à sept tomes ? Ce serait trop vous demander ...
Jo : Parce que j'aurais besoin de me retirer, après...
Richard : Une fois que vous aurez fini ?
Jo : Oui. J'admire les personnes qui tirent leur révérence quand les gens en veulent encore plus. Et c'est ce que je veux faire.
Richard : C'est peut-être un commentaire malencontreux de votre part, mais j'ai lu dans le Tatler que vous aviez fini un autre livre pour jeunes enfants.
Jo : Oh oui. Ce n'est pas fini, mais c'est déjà bien avancé, environ à la moitié.
Richard : Depuis combien de temps cela vous trotte-t-il dans la tête ?
Jo : Depuis moins longtemps que Harry. Quelques années.
Richard : Et vous en êtes contente ?
Jo : Je l'aime vraiment beaucoup. C'est pour des enfants plus jeunes, c'est un genre de conte de fée, beaucoup plus court, donc c'est quelque chose d'agréable à écrire après Harry.
Richard : Est-ce que vous envisagez dans le futur de trouver une idée aussi énorme que celle de Harry Potter et de la mener à son terme ?
Jo : Si j'aimais assez l'idée je le ferais, mais je ne pense pas que j'aurais de nouveau une idée comme Harry, ça n'arrive qu'une fois dans une vie.
Judy : A mon avis, les gens espèrent que, d'une manière ou d'une autre, vous retrouverez Harry un jour...
Jo : Pour sa crise de la quarantaine ?
Richard : Dût-il survivre pour en voir une ?
Jo : Dût-il survivre pour en voir une.
Judy : Nous allons marquer une pause maintenant...
Deuxième partie de l'interview traduite par Lily
Richard : Et maintenant, quelques statistiques : plus de personnes que la population réunie de Grande Bretagne, France, Allemagne, et Italie , plus de gens , ont acheté un livre Harry Potter. C’est l’histoire incroyable d’un succès littéraire. Nous sommes ravis d’avoir JK Rowling sur notre plateau aujourd’hui… la créatrice de la plus magique, mais aussi de la plus dangereuse école dans l’histoire de l’éducation britannique, Poudlard.
Judy : Et les enfants sont ici, Jo est ici. Juste avant de commencer je veux dire qu’il a raison au sujet de Poudlard, c’est terrifiant – Mais comment est-ce qu’ils s’en sortent ?
Judy : Et qu’est-ce que je voulais dire aussi ? Ah oui ! Drago ! Drago, celui qui joue Drago est très apprécié de...
Jo : C’est tout simplement fantastique.
Jo : De tout le monde.
Judy : De tout le monde. Est-ce qu’il y en a parmi les filles présentes à qui le Drago des films plait ?
Jo : Elles ne vont sûrement pas le dire.
Judy : Vous ne voulez pas le dire ? Non. Bon, d’accord.
Richard : Où est assis Luke ? Luke? Luke ! Quel âge as-tu Luke ?
Luke : Huit ans.
Richard : Huit ans. Tu as lu tous les livres ?
Luke: Heu, pas vraiment non.
Jo : « Je ne sais pas qui est Harry Potter ».
Richard : Pas tous.
Judy : Donc, tu as une bonne question pour Jo, Luke. Laquelle ?
Luke : Si vous étiez un personnage de vos livres, qui seriez-vous ?
Jo : Probablement Hermione, parce qu’elle tient beaucoup de moi quand j’étais petite.. J’étais plutôt pénible comme ça, donc...
Judy : Vous étiez un rat de bibliothèque étant petite ?
Jo : Oui, je l’étais. Et vous savez, ce genre de personne ennuyeuse en apparence, au fond d’elle-même, manque d’assurance. Hermione est un peu un mélange de ma sœur et de moi.
Judy : Donc vous étiez du genre à remettre les gens à leur place avec des citations et ce que vous avez appris ?
Jo : Je ne sais pas si j’allais aussi loin. Mais j’étais une bûcheuse.
Richard : Et elle les flanquait tous par terre avec un crochet du gauche.
Jo : Elle était plus du genre elfe de maison, ne savait pas autant de choses, et était plus hystérique….
Judy : Aww, Quelle dommage!
Richard : Vous étiez Préfète-en-chef ?
Jo : J’étais Préfète-en-chef, ce qui dans mon école signifiait avoir moins de chance de se retrouver dans un Borstal (NDLT : Institut en Angleterre pour les enfants en difficulté) Ce n’était pas si glorieux.
Judy : Désolée l’école, si vous nous regardez...
Jo : Oh, oui, désolée.
Judy : Quel est ton personnage préféré, Luke?
Luke : Harry Potter.
Judy : Définitivement Harry hein ?
Jo : Oh intéressant, par ce que Harry n’est pas souvent le personnage préféré.
Judy : Vraiment, vraiment ?
Jo : En fait, il ne représente qu’il faible pourcentage. Je me rappelle d’avoir vu un sondage sur un site de fans non-officiel. Quelque chose comme 2% des gens préfèrent Harry aux autres personnages..
Judy : J’adore Harry!
Jo : Non, Ron est plus populaire.
Richard : Ok. Où est Ella ? Ella, quel âge as-tu s’il te plait ?
Ella : J’ai 13 ans.
Richard : Je ne vais pas te demander si tu as lu tous les livres, mais on m’a dit que c’était le cas. Tu avais une question au sujet d’un épouvantard.
Ella: Oui.
Richard : Rappelle-nous ce qu’est un épouvantard.
Ella : Vous... heu... vous dites un sort devant une armoire, et ce que vous craignez le plus apparaît.
Jo : Exact.
Richard : Ok. Donc, dans mon cas, ça pourrait être une sorte de grosse araignée ?
Ella : Oui.
Richard : Ou dans le cas de Judy ça pourrait être moi. Ok, donc l’épouvantard...
Judy : Que veux-tu demander à Jo ?
Richard : Quelle est la question ?
Ella : Je me demandais, si vous vous retrouviez en face d’un épouvantard, que verriez-vous ?
Jo : Um, je verrais ce que Mme Weasley voit dans l’Ordre du Phénix.. Elle voit – c’est assez horrible – mais elle voit ses enfants morts.
Richard : Oh mon Dieu !
Jo : ...Je sais, c’est un peu perturbant.
Richard : Oh mon Dieu, vous être diabolique, n’est ce pas ?
Jo : Désolée. Je pense que pour toutes les mères, c’est sûrement la pire chose que l’on puisse imaginer, et c’est ce qu’elle voit quand la guerre commence,
car elle sait que ses fils vont se retrouver mêlés à tout ça.
Judy : D’accord.
Jo : ...Elle s’inquiète à leur sujet.
Richard : Et j’ai oublié comment on se débarrasse d’un épouvantard ? Quel est le contre-sort ?
Jo : Vous devez lui rire au nez, et ce n’est pas toujours facile – je veux dire, c’est parfois impossible. Quelqu’un d’autre la sauve, car elle ne peut pas y arriver toute seul.
Judy : [à Ella] Et le personnage que tu préfères est Hagrid ?
Ella : Oui.
Judy : J’adore Hagrid.
Jo : Oui, Hagrid a beaucoup de fans.
Judy : Je me demandais si Hagrid allait mourir. [Jo rit.] C’est une honte n’est-ce pas ? Elle ne nous le dira pas, donc inutile de demander. Qui avons-nous d’autre, George, George Lynch?
George : Oui.
Judy : C’est toi, George L. Que veux-tu demander à Jo, George ?
George : Ma question est : « est-ce qu’il y a un personnage basé sur quelqu’un que vous connaissez ? »
Jo : J’ai dit plusieurs fois que Lockhart était basé sur une personne que j’ai connue.
Judy : Oh, vraiment ?
Jo : Oui et cela a provoqué de nombreuses spéculations plutôt gênantes de la part des journalistes, car ils ont pensé aux mauvaises personnes.
Judy : C’est cette personne très prétentieuse dont on parlait ?
Jo : Oui. Et j’ai à peine exagéré [Judy rit.] C’est quelqu’un que j’ai connu il y a longtemps.
Richard : Il était à la télé ?
Jo : [rit] Non, il y a beaucoup de Lockhart dans le monde donc..
Judy : Je l’adore !
Jo : Oui, c’est la seule fois où j’ai consciemment intégré quelqu’un dans l’histoire.
Richard : Et ce que vous aimiez ‘x’?
Jo : Non, je le détestais. Comme je détesterais probablement Gilderoy Lockhart si je le rencontrais.
Judy : Vous pensez que 'x' sait ?
Jo : Non, je pense que l’ego de « x » est tel qu’il se promène probablement en disant : "On était comme les deux doigts de la main [Croise les doigts]..."
[Tout le monde rit]
Jo : [continue à imiter ‘x’ ] "Elle voulait m’épouser, j’ai refusé, croyez-moi."
Richard : On le croit. Vous connaissez Carly Simon ? Elle a organisé un dîner de charité avec les personnes qui avaient été évoquées, et elle leur a dit qui était le personnage de ‘You're So Vain » (NdT : vous êtes si prétentieux), son premier tube. Vous devriez faire la même chose dans quelques années.. Vous devriez dire : « Je vais vous dire qui... »
Jo : Mais je ne veux pas ruiner la vie de ‘x’.
Judy : Non, non.
Richard : Mais ça semble ... Vous savez.
Jo : [rit] Oui, mais je ne veux pas ruiner sa vie.
Richard : Ok. C’était une très bonne question, George, et une superbe réponse.
Judy : Et tu es un fan de Ron Weasley, non ?
Richard : Qui est la prochaine, Sian ?
Kian : Kian.
Richard : Kian, désolé. Je te demande pardon. Quel âge as-tu ?
Kian : 10 ans.
Richard : Quelle est ta question?
Kian : Après Harry Potter, qu’allez-vous écrire?
Jo : J’ai en quelque sorte répondu à cette question avant la pause.. Je pense que je vais finir un autre livre pour enfants, mais pour des plus jeunes.
Richard : Il est plus court vous avez dit ?
Jo : Beaucoup, beaucoup plus court, oui.
Judy : Est-ce que vous serez tristes quand le dernier Harry sortira ?
Kian : Oui.
Jo : Oui, ça va vraiment, vraiment me manquer.
Judy : Bien. Nous passons à Elly, pas Ella mais Elly. Bonjour, Elly. Tu as 13 ans, non ?
Elly : Oui.
Judy : Que veux-tu demander à Jo ?
Elly : Pour qui avez-vous écrit Harry Potter ? Y a-t-il quelqu’un qui vous a inspirée ou... ?
Richard : Bonne question.
Jo : Ca l’est. J’aurais voulu avoir une autre réponse, mais c’était pour moi [rires].C’était juste quelque chose que je voulais vraiment écrire, quand j’ai eu cette idée, j’ai pensé que ça serait amusant à écrire, et ça l’a été.
Richard : Et l’idée est tombée du ciel ?
Jo : Oui, vraiment.
Richard : Vous vous êtes réveillée un matin...
Jo : Non, j’étais dans le train Manchester – Londres quand l’idée a surgi.
Richard : Comme ça? Directement toute l’histoire?
Jo : Une bonne partie, pas tout.
Richard : Oui, bien sûr que non.
Jo : Oui, l’idée essentielle est venue, puis avec le temps j’ai ajouté des morceaux, et quand je suis sortie du train, j’avais déjà pas mal de l’histoire en tête. Vraiment beaucoup.
Judy : Les jeux de mots sont géniaux. Comme le Chemin de Traverse. (NdT : Diagon alley – diagonal) Vous n’aimez pas ça, le Chemin de Traverse ?
Jo : J’adore le Chemin de Traverse.
Judy : Ok, Juliet.
Richard : Attends. J’ai encore une question rapide là-dessus.... Oh zut – Je ne m’en rappelle plus, bon, passons à Juliet pendant que je réfléchis.
Judy : Ok, Juliet.
Juliet : Vous avez toujours voulu être écrivain ?
Jo : Toujours. Presque depuis j’ai réalisé que les livres ne surgissaient pas de nulle part, que quelqu’un les écrivait. J’ai toujours voulu faire ça. Je me rappelle étant petite, copiant des mots sans savoir ce qu’il signifiaient. Je pense que c’est juste dans ma nature, j’ai toujours voulu faire ça.
Judy : Vous adoriez les mots.
Jo : Oui.
Judy : Vous écriviez, quand vous aviez 5 ou 6 ans, des petites histoires.
Jo : Oui.
Richard : Je me rappelle de ma question. A cause de la précarité dans laquelle vous viviez au début, vous écriviez dans les cafés pour rester au chaud, quand le bébé dormait dans la poussette. Vous écrivez toujours dans les cafés ?
Jo : Mm.. Je ne dirais pas où je vais mais…
Richard : Non, bien sûr, mais vous y allez toujours ? Chercher l’inspiration ?
Jo : C’est une habitude. Elle est tellement enracinée que j’écris mieux quand…
Richard : Ok. Qui est le suivant ?
Judy : Ok. Qui n’a pas posé de question, Nathan, Aaron et Georges ? Ok, Aaron, très vite – La tienne ?
Aaron : Comment avez-vous créé les règles du Quidditch ?
Jo : J’ai fait ça en une demie-heure, après une dispute avec mon petit copain de l’époque, et je crois que c’est à ce moment-là que les Cognards sont apparus.
[rires]
Richard : Et Nathan ?
Nathan : Qu’est-ce qui vous a inspiré pour créer des animaux si incroyables ?
Jo : Il y en a certains que j’ai créés, comme le Scroutt à pétard, mais pour beaucoup, ils viennent du folklore et de la mythologie, et je les ai un peu changés pour parvenir à mes fins. Les Hippogriffes, il n’en existe pas beaucoup. J’ai juste créé mon propre bestiaire.
Judy : Et George, tu es le dernier, mais rapidement, parle nous de ton personnage préféré...
George : Mon personnage préféré est Hermione.
Judy : Hermione?
Jo : Non... Tu est le premier garçon que je rencontre dont le personnage préféré est Hermione.
Richard & Judy : Vraiment ?
Jo : Mais tu l’aimais bien avant que Emma Watson commence à la jouer ?
[George fait une tête qui veut dire 'non' ]
Jo : Ne t'inquiète pas – beaucoup de monde aime Emma Watson.
Richard : Harry Potter et le prince de sang-mêlé est maintenant disponible en version poche. On est si contents que vous soyez venue [à Jo]. Merci beaucoup, ça a été un plaisir de vous parler.
Jo : Merci. [Sert les mains]
Richard : A demain, tout le monde. Au revoir !
Judy : Au revoir ! Merci les enfants!
Par Lily le 2006-07-04 08:05:00
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